Le Salon de Thé G.

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 Shaytan Incipit (version 2)

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Excerque
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(#MessageSujet: Shaytan Incipit (version 2)   Lun 14 Déc - 17:22


Shaytan - Incipit, 1ère partie


Partout. L’ennui.











Une ombre file dans l’espace. Trop vite pour qu’un œil humain l'aperçoive. Plus vite qu’un esprit humain le conçoive.













Voyez-vous, c’est le problème avec la vie éternelle…










Une virevolte, et l’ombre se trouve au cœur d’une nébuleuse. Elle joue un moment dans les variations or et carmin de la formation, perce un nuage d’hydrogène, distend une poche de monoxyde de carbone…











Vous vous amusez les quelques premiers milliers d’années…










Enfin, l’ombre s’arrête pour contempler son œuvre. Elle sourit alors que deux couches de gaz entrent en collision, ajoutant une teinte turquoise à la formation embrasée…











Mais finalement, fatalement, il ne vous reste plus que l’ennui...









Soudainement lassée, l’ombre repart, dissipant au passage le nuage stellaire naissant. Combien de centaines, de milliers, de milliards de nébuleuses a t’elle bouleversé ainsi ? Au début elle voyait dans les arabesques pyrolytiques un art vivant, sans cesse renouvelé.


Sans cesse renouvelé... peuh... Aussi complexes que soient leurs mécanismes, les nébuleuses obéissent toujours aux mêmes lois. Les mêmes actions provoquent les mêmes réactions, prévisibles, connues. Un nuage ne surprend pas ; embrasé, chatoyant, il reste un nuage. Animé... non vivant...

Le vivant ! Voilà le vrai, l’ultime amusement ! Imprévisible, toujours changeant… Même primitif il constitue un spectacle sans fin, à l’issue incertaine… L’ombre se transporte vers une planète couverte d’humains et ralentit pour considérer la masse informe et bruyante d’une ville. Invisible, impalpable, elle survole un marché à ciel ouvert, se glisse derrière un commerçant et fait tomber un vase à l’apparence précieuse. Le bruit alerte le marchand qui écarquille les yeux devant les bris de céramique. Le temps semble ralentir autour de l’ombre  alors qu'elle attend la réaction de l’homme… Va t-il se mettre à hurler, furieux, contre un apprenti ou un badaud rendu coupable de sa perte ? Va t-il s’effondrer en larme devant la perte d’un mois de travail ? Essayera t-il de recoller temporairement les morceaux du vase pour faire ensuite croire à un passant « maladroit » que les dégâts étaient de son fait ? Le commerçant, enfin, assimile l’information : sans réfléchir, il se jette à plat ventre sur le sol de terre battue et se met à psalmodier. D’abord intriguée, l’ombre ressent un amusement l'envahir devant le comportement incohérent de l’homme. Elle s'agite sous le coup de cette émotion qu'elle pensait morte depuis longtemps.
Se mettra t-il à prier plus fort si je casse d'autres objets ?

Alors que l’ombre s’approche impatiemment d’un nouveau vase, elle ressent une présence hostile grandir derrière elle. Créateurs ou Destructeurs, les dieux sont jaloux de leur domaine et cette planète connait déjà un protecteur. L'ombre s'éloigne instinctivement du marchand : devant elle, la poussière portée par le vent dessine les contours d’une silhouette miroitante. Une chaleur infernale entoure l'ombre alors qu'un regard impérieux la cloue sur place. Un instant portée par l'envie de briser d'autres vases, l'ombre est tentée de se jeter sur cette silhouette qui interrompt son jeu, mais elle ne bouge pas. Ici, elle le sait, elle n’a aucun pouvoir. Les croyances stupides des masses humaines tourbillonnent autour de la silhouette, la gonflant de puissance.
L’ombre disparaît du marché.

Régner sur des humains... quelle intérêt ?

Faut-il être stupide pour s'enchaîner à une planète de bêtes humains ! L’ombre ne se contenterait jamais d’un ermitage si assommant ! Elle demeure libre, sans attache qui la restreigne.

Et libre elle va. Sans destination précise, elle parcourt les grandeurs infinies des univers, s'attardant à peine devant les grotesques créations de ses consoeurs, leur préférant la solitude glacée des paysages stellaires. Ses rêves, idées et folies s'effacent avec les millénaires jusqu'à ce que de l'ombre, il ne reste plus qu'une nappe à la dérive. Que lui reste t'il encore à découvrir dans ce cosmos insensible ? Quel miracle inconnu mériterait encore le réveil de son esprit ?

L'ombre approche doucement d'une étoile. Dans son sommeil, elle sent la chaleur de la gravité stellaire ancrer son corps. Sans lutter, elle observe l'astre approcher de plus en plus rapidement jusqu'à emplir tous ses sens. Elle frôle la masse en fusion, la gravité lui faisant décrire une ellipse parfaite autour de ce soleil. Elle se dit un moment qu'elle sera absorbée par l'astre, qu'elle ne fera plus qu'une avec lui. Sa courbe la catapulte à toute vitesse loin de l'étoile. Recrachée par le soleil, elle dérive à nouveau dans l'espace, attendant de voir où sa nouvelle direction la mènera. L'ombre ralentit imperceptiblement jusqu'à s'arrêter, complètement immobile dans l'espace. Devant elle, une planète.

Après une éternité, l'ombre semble remarquer le petit globe. Elle étend son esprit pour scanner celui-ci, et détecte la présence de plusieurs dieux à la surface. Pourtant, malgré leurs actions, cette planète ne semble encore revendiquée par personne. Une pointe de curiosité pousse l'ombre à observer plus attentivement. Les dieux semblent se faire passer pour des hommes, et n'utilisent presque pas leur magie. Et pourtant, la magie enveloppe cette planète de manière si complète qu’aucun recoin n’échappe à son emprise. Cette magie inhabituelle recouvre la planète à la manière d'un...
un filet ! Observant mieux ce filet, l'ombre s'aperçoit que cinq règles sont inscrites dans sa structure.

Un jeu ? Non… plutôt un concours. C'est la première fois que l'ombre voit une telle chose. Un divertissement totalement inconnu. L'ombre informe se remodèle en une forme vaguement humanoïde alors que son esprit omniscient commence à réfléchir.

Un jeu... Contre d'autres dieux... Hé bien pourquoi pas...


Dernière édition par Excerque le Lun 28 Déc - 12:54, édité 1 fois
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Excerque
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(#MessageSujet: Re: Shaytan Incipit (version 2)   Jeu 17 Déc - 16:54


Shaytan - Incipit, 2ème partie






Des milliers de vies défilent sous le regard indifférent de l'ombre. Les règles de ce monde sont claires : elle ne pourra être maîtresse que d'un seul Domaine. Quel choix lui permettra de gagner la partie ?

...le Dieu des Guerriers ? Ce serait sans doute la manière la plus rapide de remporter la partie... Quoique... Une armée est puissante, mais trop frontale ; un rien la disperse. Le Dieu de l'Or peut-être ? Un tel Domaine assurerait un pouvoir presque illimité... à voir... Le Dieu des Puissants ? Mais les puissants sont rarement enclins à partager leur pouvoir, ça ne ferait pas beaucoup de fidèles... Et pourquoi pas le Dieu des Fidèles ? Ou le Dieu des Dieux après tout ?

Une pression faible mais ferme se fait sentir sur le dieu. Il laisse échapper une onde de dédain.

Evidemment, des domaines qui sont interdis par les règles...

Suivant le fil de sa pensée, apparaissent tour à tour un colosse en armure, un banquier célèbre, un dictateur endormi... hommes représentatifs des pouvoirs de ce monde. D'autres existences viennent remplacer les précédentes, autant dues au hasard qu'aux pensées fugaces du dieu. Une femme brune à l'air farouche, un enfant endormi, un sorcier disposant de pouvoirs extraordinaires... Le tourbillon incessant des visages enivre doucement l'ombre qui s'abime complètement dans le ballet vertigineux des vies qui défilent...



Plongé dans sa recherche, le dieu progresse lentement le long d'une ruelle glacée. Il avance, inconscient de la bruine sale et collante qui le traverse et dépose sur les pavés une couche de crasse que la bise du matin ne chassera pas. La ruelle est vide, seulement habitée par un tas d'ordures gelées. Vingt-trois hommes se trouvent à proximité de la ruelle, quelques uns dans les taudis la bordant, d'autres se pressant dans les rues de part et d'autre. Aucun d'entre eux ne mérite son attention.



Dans la ruelle, l'ombre se fige. Un visage occupe ses pensées. Bien que les années de bonnes chère aient procuré à l'homme un visage rond et débonnaire, ses yeux possèdent l'éclat meurtrier d'une ambition glacée. Magistrat d'une cité-état tropicale à l'autre bout du monde, l'homme n'a qu'une importance modérée, mais il a su s'attirer les grâces des puissants. Brillant, il a déblayé les plus noirs secrets de ses collaborateurs, forçant leur loyauté. Invisible maillon de l'administration, il pourrait bien se hisser au sommet de la mécanique en quelques années à peine.



Des petits point glacés parsèment maintenant le crachin, dessinant une silhouette vague autour de l'ombre. Celle-ci se remet à marcher en réfléchissant : combien lui faudrait-il d'années, non de mois pour hisser l'homme à la tête de son état ? Court-circuiter la concurrence d'abord... se rendre indispensable ensuite, mais sans se faire menaçant...  Sur la couche de neige naissante, des empreintes de pas commencent à jalonner la rue. Imperceptibles d'abord, puis de plus en plus prononcées comme si l'ombre se faisait plus lourde. Une chaleur l'enveloppe doucement à mesure qu'elle avance. Elle apprécie cette chaleur qui semble repousser les éléments dans la ruelle glacée.



Un coeur bat, doucement, faiblement dans la nuit, une présence se dessine aux sens de l'ombre. Vingt-trois hommes se situent à proximité de l'ombre. Vingt-trois hommes et une petite fille qui dort dans les déchets pour mieux se réchauffer. L'ombre repousse les ordures et un visage apparait. Des flocons se déposent sur les cheveux de l'être divin alors qu'il contemple le visage enfantin aux lèvres bleuies. Couverte d'ordure, presque morte, quelque chose résonne malgré tout chez cette petite fille, l'empreinte d'une vie qui secoue l'ombre. Des bras balayent les ordures et soulèvent le corps glacé. Délicatement le dieu avance jusqu'à la porte la plus proche qui s'ouvre devant lui. La maison est vide, abandonné. Il pousse du pied un sac éventré près de la cheminée sur lequel il dépose sa charge. Il replie un pan du tissu grossier sur le corps tremblant : à défaut de couverture, ce sac lui tiendra chaud. Un feu maintenant. Fermant la porte, le dieu cherche un combustible dans la pièce : une chaise brisée suffira pour cette nuit, il ne reste plus qu'à fournir l'étincelle.

La pression revient, bien plus forte. Impossible de créer la moindre étincelle. C'est ridicule ! Il n'a choisi aucun domaine, n'a fabriqué aucun artefact ! Pourquoi donc serait-il astreint à ces stupides règles ?

La fillette frissonne sous le froid et murmure une complainte. Aussitôt, Shaytan claque des doigts et la cheminée s'embrase. Contemplant ses doigts, le dieu réalise le changement. Depuis quand avait-il prit forme humaine ? Depuis quand était-il entré dans le jeu ? Quel est seulement son domaine ? Le dieu est tenté un instant de partir, de recommencer, de choisir un vrai disciple, un vrai domaine mais il s'asseoit. Une chaleur l'invite à se reposer, à veiller sur la forme endormie. Tant pis pour le magistrat, les guerriers et les banquiers. Assis dans la crasse d'un taudis abandonné, veillant sur une fillette sans famille, la gloire et les richesses ne lui semblent plus si importantes. Seule compte la chaleur émanant de sa protégée.


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